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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 17:54
Transition énergétique / Raisons et déraisons de la ruée en France sur la combustion bois-biomasse, mises en évidence dans le domaine stratégique des réseaux de chauffage urbain, où la part de la géothermie régresse / Illustration par les choix régionaux en Ile de France et locaux à Orléans / Enjeux et conséquences
Source Syndicat Energies Renouvelables

Source Syndicat Energies Renouvelables

I. INTRODUCTION


La France est en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Elle augmente en particulier son utilisation d'énergies renouvelables pour ralentir l’augmentation de l'effet de serre lié au déstockage de carbone lors de l'usage de combustibles fossiles.

La transition énergétique combine cet objectif et le désir de réduire la dépendance et la dépense extérieure liées à l’importation de combustibles, relançant ce qui a été fait dans les années 80 après le choc pétrolier de 1974 (Loi Chaleur...).

Le graphique en introduction le montre que la France privilégie un développement considérable de la combustion du bois-biomasse, alors que cela ajoute de la pollution de l'air et qu'elle est en mauvaise situation dans ce domaine, comme précisé dans 3 articles antérieurs, en lien :

La situation sur la pollution de l’air en France, qui a donné lieu à une plainte européenne du fait du dépassement des seuils réglementaires dans 16 zones urbaines : met en évidence l'impact très important de la combustion bois-biomasse

La succession des plans d’action sur l’air depuis 1996, suite d’annonces sans lendemain et épisodes de pollution critique qui a abouti à un Plan Particules suivi d’un élargissement de la plainte européenne pour insuffisance des actions correctrices puis d’un Plan d’Urgence pour la Qualité de l’Air en cours

Actualisation sur les particules, qui montre en particulier que les seuils réglementaires ne reflètent que très insuffisamment la réalité de la pollution et que ses effets sur la mortalité ne sont pas que de long terme.

L’objectif du présent article est de clarifier les raisons et déraisons, enjeux et conséquences de cette orientation française massive vers l'énergie bois-biomasse pour le chauffage, domaine qui représente 40% de l’énergie consommée dans le pays : il s’appuye pour cela sur l’analyse du cas des réseaux de chauffage urbain car :

ces réseaux ont un rôle majeur dans la transition énergétique : leur extension et l’évolution de leur alimentation doivent réaliser 1/8ème du développement total des EnR&R prévu en France entre 2005 et 2020.

• La France a une grande compétence sur la solution alternative à leur alimentation par chaufferies biomasse, la géothermie profonde, très adaptée à ces réseaux : en particulier 29 réseaux regroupant plus de 100 000 "équivalents logements" sont alimentés depuis 30 ans par ce moyen en Ile de France

  • Les décisions sur leur alimentation relèvent à 95 % d'élus locaux : elles éclairent donc sur les critères et priorités des autorités en charge de conduire la transition énergétique en France

L'analyse de la prépondérance donnée aux chaufferies biomasse est ici faite à 3 niveaux :

  • national,
  • régional : en Ile de France, très propice à un développement maximal de la géothermie profonde,
  • local : à Orléans, où le choix de la biomasse a été fait pour ses 2 réseaux, qui regroupent environ 20000 logements, alors que dans cette ville la géothermie profonde est disponible et y est installé le Centre Technique du BRGM, organisme dont l’expertise sur cette ressource est reconnue au niveau international.

Sur ces bases le contenu de l’article est le suivant :

II. Cadre de la transition énergétique, objectifs et contribution des réseaux de chaleur

III. Bases des décisions sur les EnR&R dans les réseaux de chauffage urbain

IV. Comparaison des solutions chaufferies biomasse et géothermie profonde pour l’alimentation des réseaux de chauffage urbain

V. Analyse des choix globaux sur les réseaux urbains de chauffage et de froid en France

VI. Analyse des choix sur les sources d’alimentation des réseaux urbains de chaleur et de froid dans le Schéma régional (SRCAE) d’Ile de France

VII. Analyse du choix de la biomasse pour les 2 réseaux de chauffage urbain d’Orléans

VIII. Conclusion

Cf en lien les textes qui régissent les réseaux de chaleur

Remarque sur la base des articles antérieurs, avant d'entrer dans le vif du sujet de cet article :

Ce qui frappe est une "schizophrénie" dans l'action "développement durable" en matière d’énergies depuis 10 ans : tandis que des services ministériels conduisent une politique du quasi - tout bois-biomasse énergie : cf graphique précédent, déplorable pour la qualité de l’air comme le montrent les analyses sur les sources de la pollution urbaine, mais néanmoins présentée à la population comme vertueuse, des services voisins, situés peut être au même étage, alertent sur les conséquences très graves de la pollution de l’air : le dernier exemple date de quelques jours : l’« Estimation des coûts pour le système de soins français de cinq maladies respiratoires et des hospitalisations attribuables à la pollution de l’air », étude en lien du Commissariat général au développement durable, qui juge que l'impact financier de la pollution a été sous-estimé, l’évaluant maintenant à 1 à 2 milliards d’euros / an, ce qui est beaucoup mais dont les éléments médicaux qu'elle mentionne font encore plus dresser les cheveux sur la tête.

Une seconde incohérence ressort du Rapport sénatorial sur l'utilisation de la forêt française, en lien, publié en ce début avril (suite à une analyse économique de la Cour des Comptes) : alors que le bois énergie fait l'objet de très forts objectifs de croissance d'utilisation, donc des montants d'aides y incitant, sa conclusion est qu'au contraire il faut les geler et prioriser les aides sur le bois d'oeuvre et d'ameublement (domaine qui pèse lourdement sur la balance commerciale).
On notera de plus qu'une forte augmentation de l'utilisation du bois dans la construction conduit a stocker du CO2, donc en soustraire de l'atmosphère, alors que la combustion accompagnée de replantations a un bilan nul.

II CADRE DE LA TRANSITION ENERGETIQUE, OBJECTIFS ET CONTRIBUTION DES RESEAUX DE CHALEUR

1. La Transition énergétique

Les graphiques suivants montrent la bonne position de la France sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) : en pointe des pays riches pour sa faible émission par habitant et avec une contribution d'environ 1,8% du total des émissions mondiales.

GES par habitant

GES par habitant

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Evolution des GES pour les pays du G20

Evolution des GES pour les pays du G20

• L'action de réduction des GES est fixée dans le Plan Climat, en lien : processus d'amélioration continue engagé en 2004, puis actualisé en particulier dans le cadre des Lois Grenelle de 2009 – 2010 et dont la dernière version est de 2013.

Les objectifs :

pour 2050 : « Facteur 4 », issu du Protocole de Tokyo = division par 4, pour les pays riches, des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990

pour 2020, le « 3x20 » du «Paquet climat énergie» de l’Union Européenne de 2008, soit :

- par rapport à 1990 diminuer de 20 % ses émissions de GES

- par rapport aux projections pour 2020, réduire de 20% la consommation d’énergie en améliorant l’efficacité énergétique

- atteindre 20 % d'énergies renouvelables dans le bouquet énergétique.

La déclinaison en France pour 2020 de ces 3 objectifs est :

  • réduire de 14% les émissions de GES (ce qui représente une réduction de l'ordre du millième des émissions mondiales actuelles)
  • réduire de 20% la consommation d’énergie en améliorant l’efficacité énergétique
  • atteindre 23% d’énergies renouvelables

Le projet de loi de 2015 sur la transition énergétique reprend et complète les objectifs en précisant les étapes : réduction de la consommation énergétique de 50 % en 2050 par rapport à 2012, baisse de la consommation de ressources fossiles de 30 % en 2030 ; part des énergies renouvelables de 32 % en 2030...

Les objectifs nationaux sont déclinés dans les territoires :

les collectivités locales ont des impératifs sur la réductions des émissions de CO2 et sur l’efficacité énergétique, à intégrer dans leur Plan Climat Energie territorial (PCET), obligatoire pour les collectivités de plus de 50 000 habitants (peuvent de plus être établis, à l’initiative des acteurs locaux, sur des zones plus larges ou dans des collectivités plus petites)

.

Un Schéma Régional Climat Air Energie (SRCAE), établi sous l’autorité conjointe du Préfet de Région et du Président de Région, fixe des orientations et objectifs devant en particulier prendre en compte :

  • les PCET, qui concernent l'action sur l'effet de serre
  • les PPA / plans de protection de l'atmosphère des agglomérations (cf article antérieur), qui concernent celle sur la pollution de l'air

Cf Articulation PCET / SRCAE - PPA,en lien

L’insuffisance d'un lien structurel au seul niveau régional entre action sur les GES et pollution de l'air est attestée par l’intention du projet de loi sur la transition énergétique de transformer le PCET en PCAET (A pour Air), établi au niveau intercommunal ou métropole ...



Cette obligation de tenir compte au iveau local de l'impact des choix d'énergies sur la pollution de l'air interviendrait donc plus 10 ans après le lancement échevelé de la combustion biomasse, accompagné d'un manque d'information voire d'une désinformation sur cet impact, comme on l'a vu dans les articles antérieurs.

2. Contribution du domaine du chauffage à la montée des EnR&R en France et part des réseaux de chaleur :



a) augmentation des EnR&R prévue et part du chauffage :

• entre 2005 et 2020 est prévue une augmentation de 120% en France de l’utilisation annuelle d'énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) , soit + 20 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), pour atteindre 37 Mtep.



• le domaine chauffage / chaleur, qui représente 40% de la consommation d’énergie, doit contribuer pour moitié au développement d’ENR&R national, en le répartissant également entre 4 secteurs :
- dispositifs individuels : passage au chauffage au bois essentiellement, 8 millions de ménages l’utilisant actuellement dont la moitié comme moyen principal soit environ 15% des ménages 

- chaleur industrielle : développement d’EnR&R par combustion de la biomasse essentiellement

- cogénération chaleur et électricité : par combustion biomasse essentiellement

- réseaux de chaleur : par combustion biomasse essentiellement / voir point suivant

b) Part des réseaux de chaleur dans la transition énergétique

• L’objectif est donc d’accroitre de 2,5Mtep leur utilisation d' EnR&R, sur le total de l'augmentation de 20Mtep visée,

ce qui représente le 1/8ème de l’augmentation d’utilisation d’énergies renouvelables prévue en France de 2005 à 2020, tous usages confondus (chaleur, transport, production d’électricité ...).

• Cela implique une mutation considérable et très rapide et des réseaux de chaleur car ils ne consomment qu'environ 2% de l'énergie utilisée en France, soit : 

- triplement des raccordements : de 2 millions d’équivalent- logements en 2005 à 6 : voir plus loin)

- augmentation dans le mix énergétique de la part d'EnR&R de 29% en 2009 à 75% en 2020

Cette très forte attente sur la contribution des réseaux de chaleur s'explique par :

  • ils « permettent d’utiliser des énergies renouvelables difficiles d’accès ou d’exploitation, telles que la biomasse sous toutes ses formes, la géothermie profonde ou encore la chaleur de récupération, par exemple issue des usines d’incinération des déchets » et chaque changement dans un réseau fait basculer vers les EnR&R un grand nombre d'équivalents logements
  • les décisions d’évolution de leurs énergies d’alimentation relèvent comme on l'a vu en introduction essentiellement de collectivités publiques, qui ont par ailleurs en charge des objectifs de réduction de CO2 : c'est donc leur moyen d’action le plus direct .

    (cf en lien "Panorama" sur les réseaux de chaleur)

III. BASES DES DECISIONS SUR LES EnR&R DANS LES RESEAUX DE CHALEUR

1. Incitations à l’utilisation d’au moins 50% d’EnR&R

  • le taux de TVA passe de 20% à 5,5% sur le prix de vente de la chaleur produite par le réseau (dans certains réseaux la baisse de prix de vente annoncée lors du passage aux EnR&R est uniquement due à la baisse de TVA).
  • Aides du Fonds Chaleur, en lien, pour la montée en EnR&R des réseaux de chaleur : entre 2009 et 2013 au total 2911 instalations (de chauffage urbain, industrielles ...) ont reçu une aide, pour un montant de 1,118 Milliards d’Euros. Le montant annuel des aides, actuellement de 220ME, doit passer à 400 ME en 2017.
  • Possibilité de « Classement du réseau » rendant obligatoire le raccordement des nouvelles constructions dans la zone desservie
  • Conformité à la règlementation thermique (RT) dans la construction neuve


2. Statuts des réseaux de chauffage urbain et conséquences :


Il s’agit essentiellement de concessions ou contrats d’exploitation : la délégation de construction / exploitation permet à la Collectivité de fixer les énergies utilisées, de contrats d’affermages : la Collectivité assurant l’investissement a aussi le choix de l'énergie, ou de régies : la personne publique faisant l'investissement puis assumant le risque d'exploitation a là encore le choix de l'énergie

En conséquence dans tous ces cas la puissance publique peut fixe l’énergie utilisée, comme dans d’autres formes relevant de Partenariats Public Privé / PPP.

Les choix d’EnR&R prennent donc naturellement en compte des considérations d'intérêt local, comme l’impact sur l’emploi ...parmi lesquelles la pollution de l’air apparaît un criitère marginal, comme il ressort ci-après.

3. Les critères de comparaison / choix entre solutions ENr&R :

Des critères d’appréciation entre EnR&R sont mentionnés dans différents textes :

• Si le guide national de classement des réseaux de chaleur et de froid précise que la règlementation ne définit pas de critères de performances, il renvoie, à titre d’exemple, à la Charte de l’Institut de la gestion déléguée , qui précise des «indicateurs de performances des réseaux de chaleur et de froid », en lien

Dans sa partie « Préserver durablement le cadre de vie et le milieu naturel et assurer la sécurité», les "critères majeurs" sont "Bouquet énergétique " et " Emission de CO2"
et ne sont que "critères complémentaires" les "Rejets atmosphériques" et "Rejets de polluants"

Les aides ne font pas de distinction entre EnR&R selon la pollution émise : le Fonds Chaleur considère la géothermie et les chaufferies biomasse comme tout aussi vertueuses pour les aides régionales (400 projets/an, 95% des interventions) et de plus l'Ademe incite aux très grandes chaufferies biomasse par des aides sur appels à projets nationaux.

L' "oubli" de l’impact du choix d'EnR&R sur la qualité de l’air est illustré ci-dessous, par le comparatif des solutions envisagées dans le projet ci-dessous : 4 critères figurent ... mais pas la pollution émise ... et il concerne un éco-quartier !

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4. Les alternatives de choix sur les EnR&R pour les réseaux de chaleur

L’état actuel et prévisionnel des solutions d’alimentation en EnR&R des réseaux de chaleur est synthétisé dans la présentation en lien d’un expert du Cerema

Il ressort en particulier que :

a) Jusqu’aux années 2020 / 2025, il n’est mentionné que 3 solutions : le bois énergie "la France est un pays où la forêt se renouvelle et grandit tous les ans", la récupération de chaleur essentiellement d’incinération des déchets ménagers, la géothermie profonde.

b) Depuis les années 2020 au milieu des années 30 il est indiqué que les réseaux tendront à fonctionner à des températures plus basses pour "mobiliser des sources d’énergie qui ne pouvaient pas être utilisées par les réseaux de chaleur classiques ... la géothermie à faible profondeur, le solaire thermique (fermes solaires), les sources faibles : chaleur des eaux usées, des data centers ... »



Le stockage de la chaleur se développera dans le même temps " stockage d'énergie dans les aquifères grâce à la géothermie, fluides à changement d’état, stockage chimique, etc."

et « synergie entre les réseaux de chaleur et les réseaux électriques grâce au stockage par le réseau de chaleur du surplus de production électrique ("Smart grid" énergétique thermique, électrique et gazier) : les pompes à chaleur et la cogénération permettent de passer de la chaleur à l’électricité et inversement"

c) S’ajoute entre le milieu des années 20 et 2040 le transport de chaleur à distance importante, permettant en particulier de relier à des villes des sources de chaleur éloignées.

Conclusions sur les choix pour les réseaux de chaleur :

  • Actuellement, outre la chaleur fatale là ou on en dispose, le choix d'EnR&R se limite donc aux chaufferies biomasse et à la géothermie profonde dans les (grandes) zones que l’on va préciser au § suivant.
  • D'ici une dizaine d’années l'évolution technologique permettra d’alimenter les réseaux de chaleur avec nouvelles EnR&R sans impact sur la qualité de l’air : solaire thermique, géothermie à faible profondeur ... et les forages de géothermie profonde seront de plus utilisables pour le stockage de chaleur ...
  • Le choix actuel d'une ruée sur la construction de chaufferies biomasse fige pour 25 ou 30 ans au moins, cette solution hautement discutable, comme on va l'approfondir dans la suite, et repousse donc les les meilleures solutions en instance.

IV. COMPARAISON DES SOLUTIONS CHAUFFERIES BOIS-BIOMASSE ET GEOTHERMIE PROFONDE

1. Domaine des réseaux où l’alternative géothermie profonde est possible :

a) Zone géographique : iI s’agit ici avant tout de géothermie profonde à "basse température" (de 30° à 90°) qui se situe dans les vastes zones en violet sur la carte : essentiellement le Bassin parisien, en particulier de Rouen jusqu'au sud de Tours, et l'Aquitaine.

(la géothermie à moyenne température, jusqu'à 180°, et haute température ne concernent en France que des zones très limitées, en rouge, et la a géothermie très basse température, à moins de 30°, ne permet pas, actuellement, de répondre aux besoins d'un réseau de chauffage urbain).

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b) Taille minimale du réseau pour rentabiliser le forage (voir plus loin les éléments économiques)

Le coût de forage conduit à envisager la géothermie profonde pour des réseaux à partir de 3000/5000 équivalents- logements.

Dans ces conditions les prix de vente moyens de la chaleur sont comparables entre les réseaux alimentés par des chaufferies biomasse et géothermie profonde : le graphique qui suit, extrait du rapport du Cerema sur prix de vente de 2009 (publié en 2012), montre qu'il est un peu inférieur à celui des réseaux biomasse.

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2.Caractérisation de l’alimentation par chaufferie biomasse et géothermies :

2.1 Chaufferies biomasse (sources : communications sur les cas cités )

Délais : Environ 3 à 4 ans entre intention d’une Collectivité de changer l’alimentation et mise en service de la chaufferie (comme par exemple dans le cas des 2 chaufferies d'Orléans examiné plus loin)

Montants : Limoges : 45ME pour une chaufferie biomasse de 25MW (12000 équivalents logements), Forbach 34 ME pour 22MW (8500 équivalents logements), Metz : 50ME pour 45MW (20000 équivalents logements), Orléans Nord 54 ME pour 37MW (12000 équivalents logements), Orléans Sud 33ME pour 25MW (13000 équivalents logements)

Livraison du combustible : environ 5000 camions (soit 10000 passages) pour une chaufferie biomasse de 30MW

Risques technico-économiques :

augmentation du coût du combustible liée à ruée sur le bois-biomasse énergie (développé plus loin)

réinvestissements importants éventuels pour mise en conformité avec des spécifications résultant de durcissement de la règlementation sur les émissions, certains prévus (abaissement de seuils PM10, instauration de seuils PM 2.5) d’autres dépendant des études de santé publique en lien développement massif de la combustion biomasse.

2.2 Géothermie profonde (sources BRGM, dont provenant de l’étude en lien au § VII : extraits en italiques)

Deux aquifères permettent d’alimenter des réseaux de chauffage urbain dans les zones de géothermie basse température précisées ci-avant : le Dogger et le Trias, situé au dessous, donc plus chaud.

Dogger, utilisé depuis 30 ans dans des dizaines de réseaux. Son utilisation est très bien maîtrisée grâce aux connaissances acquises et l'avancement des techniques de forage et d’exploitation (retombées de la recherche pétrolière ....).

Les résultats de forage sont très sûrs ainsi que la stabilité de la production dans le temps : pas de travaux de réhabilitation pendant une trentaine d’années....

Les problèmes de corrosion sont résolus depuis 20 ans (par des dispositifs de neutralisation), permettant des durées de 30 ou 40 ans sans re-chemisage des puits.

Trias : La situation est très différente : les gisements sont moins bien connus, donc, malgré les études préalables, il y a des risques de résultats décevants pouvant imposer de nouveaux forages.

De même l’évolution dans le temps de la production des puits est beaucoup moins prévisible que dans le Dogger, dont sur le débit de réinjection (comme dans le puits de Melleray en région Centre, pour du chauffage de serres, interrompu après 2 ans 1/2 il y a plus de 30 ans .

De plus les gisements du Trias sont plus salés que ceux du Dogger entraînant des problèmes de corrosion qui ne sont qu’en cours de résolution (dans le cadre du programme Clastiq, cf document en lien au § VII) alors que ce n’est plus un problème depuis 20 ans pour le Dogger comme souligné ci-avant.

L’utilisation de gisements du Trias est donc (encore ?) à risques, contrairement au Dogger.

Spécificités de la géothermie profonde :

Les forages relèvent du Code minier, une des conséquences majeures étant qu’un forage ne peut être fait à moins de 50 m d’habitations que si les riverains donnent leur accord.

Cette condition rend très difficiles les forages dans ces cas (blocages, délais d’accords de copropriétés .... ) aussi un processus de suppression de cette condition a été engagé : cf article en lien, qui devrait aboutir à l’automne 2015 (la géothermie de minime importance, incluant les forages inférieurs à 200 m, n’entre plus dans le Code minier : décret publié début 2015)

Dans un premier temps la suppression de condition des 50 m pour les forages profonds se ferait en conservant leur rattachement au Code minier :

"Les gîtes renfermés dans le sein de la terre dont on peut extraire de l’énergie sous forme thermique ... sont considérés comme des mines. Une substance minière appartient à l’État et non au propriétaire du sol. L’exploitation d’une ressource minière nécessite donc des autorisations accordées par l’État."
"Outre le Code minier, les opérations de géothermie entrent dans le champ d’application du code de l’environnement pour les prélèvements et les réinjections en nappe, le code de la santé publique et le code général des collectivités territoriales qui peuvent s’applique
r dans certains cas particuliers."

Soit, selon la zone concernée :
- Schémas d’Aménagements et de Gestion des Eaux (SAGE), pouvant impliquer une contrainte de « réinjection des eaux prélevées soit effectuée dans le même horizon aquifère.» (soluion du "doublet", comportant un forage de prélèvement et un forage de réinjection)
- Zones de Répartition des Eaux restriction des prélèvements d’eau, " la restriction sur les prélèvements pouvant être évitée par réinjection dans l’aquifère après prélèvement."
- Périmètres de protection des captages d’alimentation en eau potable, "le périmètre immédiat est exclu et le périmètre de protection rapprochée, en général quelques hectares peut l’être aussi."

- Espaces et milieux naturels protégés (de différentes natures et statuts). Par exemple en Région Centre seules les "réserves naturelles" limitent l'implantation de forages géothermiques


Par ailleurs une spécificité de la géothermie profonde basse température ne peut pas alimenter de cogénération électricité / chaleur, cette organisation de l'exploitation concernant environ la moitié des réseaux de chaleur .

Le passage à la géothermie basse température permet d'assurer le chauffage, le maintien ou non de la cogénération étant lié à l'organisation de l'équipement complémentaire, en général de combustion au gaz, retenu pour les pointes de consommation (une couverture par géothermie de 50% de la puissance maximale couvre de l'ordre de 80% de la consommation annuelle du réseau, en l'affranchissant donc pour l'essentiel des fluctuations de prix d'un combustible).

L'intérêt d'intégrer la cogénération dans l'évolution de l'alimentation ne va pas d'ailleurs pas de soi comme le montre l'analyse à Grigny, en lien (point cogénération)

La présence d'une cogénération dans la solution pré-existante n'est donc pas un point bloquant pour tirer parti de ce qu'apporte la géothermie dans l'évolution vers les EnR&R avec une bonne rentabilité de l'opération.

Sur ces bases l’utilisation du Dogger se fait :

avec un délai de l'ordre de 3 à 4 ans (cf le cas ci-dessous), comme pour une chaufferie biomasse, dès lors (avant 2016) que la distance entre forage et habitations est supérieure 50m.

des investissements initiaux et de maintenance analogues à ceux des chaufferies biomasse (incluant environ 8 ME pour le forage d'un doublet, solution la plus fréquente) : cf en lien l’information sur le choix de la géothermie pour le réseau Arcueil Gentilly (10000 équivalents-logements) qui entrera en service en juin 2015

.

les risques technico-économiques très faibles : Dans un seul cas, sur une trentaine d’installations en Ile de France, un nouveau forage a du être fait après 30 ans du fait de l’interférence (percée thermique) entre l’eau refroidie réinjectée et le prélèvement

A noter que le dispositif d’assurance (SAF / Caisse des Dépôts), qui couvre 65% du coût de forage (auxquels s’ajoutent 25% en Ile de France apportés par la Région) si son résultat est décevant ou si la production se dégrade dans les 20 ans, apparaît presque "inutile" pour le Dogger.

Par contre l’utilisation du Trias relève encore de projets en lien avec des travaux de recherche.


2.3 Critères de choix essentiels entre chaufferies biomasse et géothermie profonde et précisions ( s'appliquent dans les zones où la géothermie profonde est disponible, pour le Dogger et les réseaux à partir de 3 à 5000 équivalents logements )

Transition énergétique / Raisons et déraisons de la ruée en France sur la combustion bois-biomasse, mises en évidence dans le domaine stratégique des réseaux de chauffage urbain, où la part de la géothermie régresse / Illustration par les choix régionaux en Ile de France et locaux à Orléans / Enjeux et conséquences

Différence 1) Maîtrise dans le temps du coût de la chaleur :

Il faut prévoir une forte tension sur le prix de prix du bois – biomasse du fait de la montée considérable de l’utilisation en France, tant par le grand public que dans toutes sortes de chaufferies industrielles. Le § suivant montre qu'à lui seul chauffage urbain va créer une très forte pression de la demande.

Le discours lénifiant sur la disponibilité n'est pas cohérent, à titre d'exemples, avec :

  • l’affirmation des exploitants qu’ils seront obligés d’importer des plaquettes de bois si la règlementation ne facilite pas au maximum l’utilisation de bois en fin de vie (d’où un arrêté fixant un contrôle de présence de polluants par « la vue et à l’odeur » : cf l'article précédent "actualisation sur les particules")
  • la situation créée par la très grosse chaufferie biomasse de Gardanne : la lutte pour la biomasse à brûler a déjà commencé en région PACA, cf lien, (entrée en service mi 2015) : elle s’approvisionnera dans un rayon de 400 km, et d’importera la moité de ses besoins, dont du Canada ... et le préfet parle de sanctuariser la moitié de la production régionale pour les autres utilisateurs
  • S'ajoutent les conclusions du rapport sénatorial (en lien au § introduction) qui remettent en cause les aides sur le bois-énergie, donc le développement de la disponibilité et le prix du combustible.

Différence 2) Pas d’ajout de pollution dans l’air ni de circulation pour livrer le combustible

C’est évidemment un avantage majeur de la géothermie pour la santé des habitants et pour les Collectivités locales aux prises avec les seuils légaux de pollution : concerne toutes les grandes agglomérations et en concernera de plus en plus du fait de l’abaissement, en instance, des seuils (actuellement au double des recommandations de l’OMS pour l’Europe), l’élargissement des polluants réglementés (par exemple la prise en compte des particules très fines / ultrafines, encore plus difficiles à filtrer et que la combustion bois – biomasse produit en très grande quantité).

L’article précédent « actualisation sur les particules » fait le un point sur la pollution produite par les chaufferies, compte tenu de leurs limites de filtrage en fonctionnement normal, ainsi qu’en raison de graves et nombreuses anomalies dans leur fonctionnement / exploitation montrées par 2 études de l’Ademe (sur 31 chaufferies)

Concernant l’impact sur la santé publique de la pollution par les particules, à laquelle la combustion bois biomasse contribue considérablement, ce même article précise qu’il a été mis en évidence non seulement des effets à long terme mais aussi à très court terme après les pics de pollution. La pollution par les chaufferies bois-biomasse en zones urbaines a été un problème minimisé voire nié mais dont l’importance réelle commencer à émerger.

Le passage à des chaufferies biomasse se traduit par un ajout net de pollution en zones urbaines car cette solution se substitue le plus souvent au gaz naturel, dont la pollution est, elle, négligeable (s’ajoute de plus le risques lié aux effluents liquides de combustion en cas de problème sur leur traitement).

Enfin il ne faut pas oublier la contribution aux pollutions dans l’aire urbaine du flux de camions nécessaires à la livraison du combustible (air, bruit, circulation) : 10000 passages / an (camions pleins ou à vide) pour une chaufferie de 30MW correspondant à un réseau de chauffage urbain de l’ordre de 10000 équivalents-logements.

• Différence 3 ) Développement de l’emploi :

La différence entre géothermie et chaufferies biomasse porte ,sur les emplois crées dans la filière du combustible l’emploi créé dans le cycle du combustible, essentiellement la filière de production et logiqtique bois/biomasse.

Par exemple la chaufferie de Limoges Aurence (25 MW) mentionne 22 emplois dans la filière du combustible, pour une consommation de 92000 tonnes de biomasse /an (outre 9 emplois sur le site qui seraient du même ordre avec la géothermie)

• Différence 4 ) revenus d'acteurs au fil du cycle du combustible :

Producteurs de bois – biomasse, revendeurs de déchets et de bois en fin de vie, transformateurs, transporteurs... jusqu’à l’exploitant, tirent un revenu récurrent du combustible : la solution des chaufferies biomasse a plus de supporters que la géothermie.

Il reste à faire le lien entre ces éléments et les choix faits par les acteurs sur le « terrain », objet des 3 prochains §, soit successivement, comme on l'a vu :

  • lien avec l’évolution prévue/constatée sur l’ensemble des réseaux de chauffage urbain en France,
  • lien avec les choix d’EnR&R faits dans le SRCAE d’Ile de France,
  • lien avec l’évolution de 2 réseaux de chauffage urbain à Orléans,

V. ANALYSE DE L’EVOLUTION DES RESEAUX DE CHAUFFAGE URBAIN EN FRANCE

Les éléments qui suivent proviennent des documents du Cerema, en lien

1. Evolution 2005 – 2020

a) Evolution prévue 2005 – 2020 du nombre d’équivalents logements alimentés, de l’énergie utilisée et de la part d’EnR&R

Le plan climat prévoit un triplement du nombre d’équivalents logements alimentés par réseaux de chauffage urbain entre 2005 (2,05 millions) et 2020 (6 millions).

L’énergie estimée en 2020 est le double de celle de 2005 (passage d’environ 30000 à 60000 GWh) compte tenu de l'évolution des performances des logements et des réseaux.

La part d’EnR&R doit passer de 29% en 2005, soit environ 8000 GWh, à 75% en 2020, soit 45000 GWh, donc une multiplication par environ 5.5

b) Evolution prévue 2005 - 2020 du mix d’EnR&R

La composition en 2020 des 45000 GWh d’origine EnR&R, soit 75% de la consommation totale, est prévue de 69,5% pour la combustion biomasse (soit 31000 GWh), 18% pour la chaleur fatale et le biogaz (soit 8100 GWh), 10,5% pour géothermie et pompes à chaleur (soit 4700 GWh) et 2% autres : solaire (soit 900 GWh).

La composition des 8000 GWh de 2005 comporte pratiquement rien pour la biomasse (2% représentant environ 200 GWh), 75% de chaleur fatale, soit environ 6000 GWh (à 90% fournie par des usines d’incinération d’ordures ménagères / UIOM, ensuite désignés unités de valorisation énergétique / UVE) et 12% de géothermie profonde soit environ 1000 GWh.

Les objectifs sont donc entre 2005 et 2020 :

Création d’une production de plus de 30000 GWh par chaufferies biomasse.

Atteindre 4 fois plus de production par géothermie profonde qu'à l'issue de la première vague des années 80, ce qui aboutira néanmoins (4700 GWh) néanmoins, à produire 6 à 7 fois moins par géothermie que par combustion biomasse.

Accroître d’un tiers la récupération de chaleur fatale (de 6000 à environ 8000 GWh). C'est l'alimentaion à privilégier cette chaleur résulte d'un process dont elle n'est pas l'objectif et donc serait perdue, mais sa source en fixe les limites.

2. Evolution constatée entre 2005 et 2012 /2013

a) Evolution du nombre d’équivalents logements, de l’énergie consommée et de la part d’EnR&R

Très faible augmentation du nombre d’équivalents logements alimentés compte tenu de l’ambition de les tripler entre 2005 et 2020 : passage de 2,05 millions en 2005 à 2,3 en 2012.

L’énergie consommée a été peu près constante, à presque 30000 GWh, avec une part d'EnR&R passée de 29% à 40%, soit d’environ 8000 à 12000 GWh.

Le graphique suivant montre l’évolution de l'énergie utilisée et la part des principales énergies fossiles et du total des EnR&R

Transition énergétique / Raisons et déraisons de la ruée en France sur la combustion bois-biomasse, mises en évidence dans le domaine stratégique des réseaux de chauffage urbain, où la part de la géothermie régresse / Illustration par les choix régionaux en Ile de France et locaux à Orléans / Enjeux et conséquences

b) Evolution 2005- 2013 du mix des EnR&R, dont le total passe de 8000 à 12000 GWh

Transition énergétique / Raisons et déraisons de la ruée en France sur la combustion bois-biomasse, mises en évidence dans le domaine stratégique des réseaux de chauffage urbain, où la part de la géothermie régresse / Illustration par les choix régionaux en Ile de France et locaux à Orléans / Enjeux et conséquences

La chaleur fatale des UVE / UIOM reste largement la principale source d’alimentation mais n’a pu assurer que le quart de l’augmentation des EnR&R entre 2005 et 2013, soit 1000 GWh,

Les chaufferies biomasse, partant de presque rien en 2005, ont assuré les trois quarts de l’augmentation d’EnR&R, soit environ 3000 GWh

La production de géothermie profonde a pratiquement stagné pendant 8 ans, à environ 1000 MWh, soit 9% des EnR&R

Le total des autres EnR&R reste à peu près constant, à moins de 500 MWh.


3) Conclusion sur les choix ressortant de l’évolution globale des réseaux de chaleur :

  • La montée de production prévue entre 2005 et 2020 pour les chaufferies biomasse (de 30000 GWh) a été réalisée à 10% entre 2005 et 2012/13.

    Cette augmentation et le résultat de l’effet d’aubaine du fonds chaleur.

    A ce stade percent déjà des problèmes majeurs de disponibilité de la ressource, d’évolution de son coût et de besoin d’importation, comme mis en évidence par la création de la très grosse chaufferie biomasse de Gardanne (pour la production d’électricité) : alors qu'elle ne représente que de l’ordre de 2% de ce qui reste à construire pour le seul chauffage urbain.

Pas encore d’augmentation notable de contribution de la géothermie profonde, alors que son quadruplement est prévu entre 2005 et 2020 (qui serait alors néanmoins 6 ou 7 fois inférieure à celle de la biomasse comme on l'a vu).

Précisions : :

La situation sur la géothermie basse température en 2005 figure dans le tableau ci-après et le détail des actions est en lien, l’Etude de marché de AFPG (Association Française des Professionnels de la géothermie) ....

Il ressort qu'en 2013, concernant la géothermie profonde à basse température :

  • En Ile de France, qui représentait en 2005 la moitié des réseaux et 85% des équivalents logments alimentés : sur la trentaine de réseaux créés dans les années 80 environ le tiers est en réhabilitation / extension de production (réalisée ou en cours). S'ajoutent une dizaine de réseaux entrés en service ces dernières années ou en cours (environ la moitié). Une dizaine de nouveaux réseaux sont à l’étude.

    Le nombre d'équivalents logements est passé d'environ 140000 à 180000 en 8 ans pour un total en 2020 qui devrait être d'environ 700000 en 2020 sur les bases ci-avant (quadruplement d'alimentation et augmentation d'efficacité énergétique)
  • En Aquitaine, dont le potentiel est indiqué être « largement sous-exploité », outre une dizaine de réseaux anciens, deux nouveaux sont à l’étude
  • Ailleurs s’ajoutent une dizaine de réseaux représentant une contribution marginale en 2005 .

    Dans le cas où le "hors Ile de France" resterait à environ 15% du total en 2020, il s'agirait en 2020 d'y alimenter par réseaux utilisant la géothermie, environ 120000 équivalents logements (plutôt plus dans la mesure où le développement de la géothermie en France devrait tendre à rééquilibrer la part prise par l'Ile de France dans les années 80).
Transition énergétique / Raisons et déraisons de la ruée en France sur la combustion bois-biomasse, mises en évidence dans le domaine stratégique des réseaux de chauffage urbain, où la part de la géothermie régresse / Illustration par les choix régionaux en Ile de France et locaux à Orléans / Enjeux et conséquences
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VI) CHOIX SUR LES CHAUFFERIES BIOMASSE ET LA GEOTHERMIE PROFONDE DANS LE SCHEMA REGIONAL (SRCAE) D’ILE DE FRANCE

1. Contexte

En 2012, date des études mentionnées ci-après, l’Ile de France regroupait 117 réseaux de chaleur (dont 34 avec géothermie profonde) , desservant environ la moitié des (2.3 millions) logements alimentés par un réseau de chaleur en France (dont 17000 par réseaux utilisant la géothermie)

De plus la moitié des réseaux de froid (8) y sont implantés, dont le plus grand d’Europe.

2. Prévisions d’évolution des EnR&R pour les réseaux urbains de chaleur et de froid

Une étude préalable au SRCEAE d’IdF, en lien analyse 99 des 117 réseaux existants selon 3 critères, puissance, coût de la chaleur produite et émission CO2, là encore sans prendre en considération le critère d’émission de pollution

La synthèse du SRCAE, en lien, fournit les objectifs retenus pour 2020

a) Evolution des chaufferies biomasse :

Une étude du bureau d'études INDIGGO réalisée en amont de l'élaboration du SRCAE d'Île-de-France estime que la ressource totale biomasse permettrait d'alimenter les réseaux de chaleur au niveau de 2400 Gwh /an.

L’objectif retenu pour la biomasse a été de passer de presque rien à 1800 MWh/an en 2020, soit atteindre 75% d’utilisation de la ressource disponible.

b) Evolution de la géothermie :

Une étude du BRGM a estimé à l'horizon 2020, des potentiels supplémentaires de géothermie
de ;

  • 430 GWh/an par extension des réseaux de chaleur géothermiques existants,
  • 410 GWh/an par « géothermisation » de réseaux de chaleur existants alimentés par des énergies fossiles : une dizaine de réseaux ont été identifiés comme pouvant faire l'objet d'un changement de système ; bilan économique prenant en compte la taille du réseau, pour l'amortissement des travaux, et de la valorisation thermique maximale de la ressource (chauffage basse température).
  • 2150 GWh /an par création de nouveaux réseaux de chaleur : une cinquantaine de communes a été mise en avant comme pouvant potentiellement développer un réseau de chaleur géothermique : il s’agirait donc d’un triplement / quadruplement ... de la contribution de la géothermie aux réseaux de chauffage collectif


    L’ensemble de ce potentiel pour la géothermie est de l’ordre de 3000 GWh.

    L’objectif r
    etenu étant de 1100 GWh, soit environ 35% de la ressource, ce qui conduit un doublement de l’existant d’ici à 2020 alors que
  • l’objectif à cette échéance pour l’alimentation par géothermie des réseaux de chaleur en France est le quadruplement
  • la Région Ile de France est la Région où toutes les conditions d’un développement maximum de la solution sont réunies.


    Voici le commentaire qui est fait de cet objectif pour justifer ce choix :


« Dans une première approche très ambitieuse mais réaliste, il apparaît à l'ensemble des professionnels qu'un objectif de 2330 GWhep/an correspondant à un doublement, d'ici 2020, de la production géothermale alimentant les réseaux de chaleur franciliens pourrait être retenue. La valorisation du potentiel maximal pourrait être atteinte en 2050. »



Le résultat des choix du SRCAE d'Ile de France aboutit à :

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3. Conclusions ressortant des choix :

Alors que les conditions d’un nouveau développement rapide et puissant de la géothermie sont réunies en Ile de France et alors que les chaufferies biomasse impactent une zone urbaine faisant partie de celles qui ont donné lieu à plainte européenne sur la qualité de l’air et où l’ajout de circulation de norias de camions de livraison de bois n’est pas le plus pertinent :

  • Ajouter 1800 GWh par chaufferies biomasse, représentant 75% de la ressource disponible annuelle, en partant de rien ne semble soulever aucun problème
  • Ajouter 1100 GWh par géothermie profonde représentant le doublement de ce qui fonctionne depuis 30 ans, donne satisfaction, ne pollue pas, ne génère pas de trafic de camions et ne dépend pas des fluctuations de prix d’un combustible .... est faire preuve d’une "ambition très grande mais réaliste".

    Quand aux 2000GWh manquants pour atteindre les objectifs nationaux de 2020 pour la géothermie, ils pourront bien être trouvés en Ile de France, mais plutôt vers 2050, quand la «valorisation du potentiel maximal pourra être atteinte »


    La conclusion est que l'ambition de la France pour la combustion biomasse, qui elle est bien réelle comme vu au § précédent, s'applique d'évidence aussi dans les zones où cette solution est très inappropriées et où la géothermie est idéalement possible et souhaitable.


    Il semble évident que le SRCAE cherche à favoriser la création d'emplois à court terme (et faible valeur ajoutée), en donnant un poids excessif à la combustion biomasse, mettant au second plan le sujet des nuisances, ce qui est particulièrement choquant dans une région qui ne respecte pas les seuils de pollution et a la chance de disposer de la géothermie profonde dans d'excellentes conditions.

VII) ANALYSE DU CHOIX DE LA BIOMASSE POUR LE CHAUFFAGE URBAIN D’ORLEANS

1. Contexte et intérêt du cas pour l’analyse des critères de choix

L’objectif de quadruplement d’ici à 2020 de l’alimentation par géothermie profonde des réseaux de chaleur implique son utilisation dans des zones urbaines où elle est disponible au-delà de l’Ile de France, ce qui est le cas d'Orléans.

Le fait qu’y soit implanté le centre technique du BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière) expert de la géothermie reconnu au niveau international, est une garantie que la solution y est bien prise en considération.

Les deux parties du réseau de chauffage urbain ont chacune une dimension pour laquelle la géothermie profonde est pertinente, soit 7500 logements pour Orléans Sud et 12000 pour Orléans Nord, gérés chacun par un opérateur différent Dalkia au sud de la Loire et Cofely / Groupe Suez au nord.

Il est donc particulièrement intéressant de comprendre pour quelles raisons le passage aux EnR&R a été fait par chaufferie biomasse dans les deux réseaux.

2. Les données locales sur la géothermie

Extraits de l’étude du BRGM en lien : Prospective de développement de la géothermie en Région Centre / Geoporec 2012

« Il existe en région Centre des ressources de basse énergie (40 à 90 °C), qui correspondent aux ressources aquifères dites « profondes », soit principalement les formations du Dogger et du Trias, qui se trouvent à une profondeur atteignant plus de 1 000 m, notamment dans les parties centrale et nord-est de la région Centre. Ces ressources aquifères « profondes » ont été étudiées principalement dans les années 1970, sur la base des reconnaissances réalisées par les forages de prospection pétrolière. Un travail spécifique a été réalisé par le BRGM en 2011 dans le cadre de la présente étude afin de préciser les potentialités géothermales du Dogger et du Trias »

« L'étude des nombreux forages réalisés dans le cadre de la recherche pétrolière, du stockage souterrain de gaz, et de la géothermie permet de recenser et de situer les données pertinentes. Les départements du Loiret et du Loir-et-Cher sont les mieux couverts par le nombre de ces forages. »

« L’aquifère du Dogger est un aquifère bien connu en Île-de-France car il y est exploité depuis plus de 30 ans. Situé entre 1 700 m et 1 900 m de profondeur, sa température varie entre 55 et 80 °C, ce qui permet « un usage direct » de la chaleur (sans utilisation de pompe à chaleur)"

(on a vu que l'utilisation de pompe à chaleur de grande puissance combinée à l'échangeur tendait à se développer pour optimiser l'exploitation, en fonction de la température de l'aquifère et de rejet)

". La coupe du bassin de Paris montre que les profondeurs du Dogger et du Trias sont moindres en région Centre : les températures seront alors plus faibles (les profondeurs de forage, et donc les coûts associés, le seront également. Les aquifères profonds de la région Centre, permettant d’envisager le développement d’opérations de géothermie basse énergie sont représentés principalement par les niveaux perméables du Jurassique (l’aquifère du Dogger, est l’étage moyen du Jurassique) et du Trias »

(le Dogger est indiqué être à 50/55° à Orléans)

« En première analyse, les données recueillies dans la cadre de la présente étude montrent que le réservoir du Trias est a priori le plus intéressant avec, localement, de fortes perméabilités. Cet aquifère peut cependant être le siège de difficultés de réinjection qui sont à l’origine d’une partie de l’échec de l’opération de Melleray (Saint Denis-en-Val, dans le département du Loiret), lesquelles devront être résolues en profitant des retours d’expériences réalisées avec succès depuis 20 ans dans diverses formations comparables et tout particulièrement en Allemagne. Le projet « CLASTIQ », cofinancé par le BRGM et l’ADEME depuis mars 2009 et qui s’achèvera au printemps 2012, a permis de réaliser un travail d’investigation de l’exploitabilité de cette ressource qui pourra bénéficier à un programme opérationnel »

(le plus intéressant sur le plan de l'énergie fournie mais du fait que le Dogger a une température suffisante et ne pose pas les mêmes problèmes que le Trias, le choix du Dogger apparait actuellement plus simple)

"Parmi l’ensemble des réseaux de chaleur de la région Centre, sont retenus dans un scénario bas de développement de la géothermie Basse-Energie, deux des trois réseaux de Montargis, Fleury-les-Aubrais, Orléans Centre-Ville Nord qui se trouvent sur des zones réputées favorables des aquifères du Dogger et du Trias. Par ailleurs, ces réseaux utilisent 100 % de gaz et de fioul avec au moins 78 % de gaz. Toutefois, ils sont tous les trois dotés d’une centrale de cogénération, ce qui est a priori préjudiciable à l’utilisation de la géothermie"

( on a vu ci-avant que l’essentiel de l’énergie pouvait néanmoins être apportée par géothermie)

3. La prise de décision par la commune

a) Synthèse des éléments :

• Orléans dispose de 2 aquifères de géothermie profonde, le Dogger qui s’il est à plus faible température (50/55°) dans la zone d'Orléans qu’en région parisienne, permet de néanmoins de bien répondre au besoins des réseaux de géothermie, et le Trias, qui apporte plus d’énergie mais est plus difficile à mettre en œuvre, comme illustré il y a 30 ans à Melleray, échec qui reste présent dans la mémoire locale : on peut très bien comprendre que la commune laisse à d’autres le soin de vérifier que les problèmes du Trias sont maintenant maitrisés mais cela n’exclut pas la solution d’utilisation du Dogger

• pour les habitants la solution géothermie, là où elle est possible, est meilleure que la combustion biomasse (on a vu qu'au delà de 3000 à 5000 logements les prix de chaleur sont analogues), car elle n’apporte pas de pollution de l’air et pas de passage de camions

• pour les utilisateurs du service cette solution est aussi préférable, car elle les affranchit des (conséquences des) risques de renchérissement de l’énergie bois biomasse,

• pour la commune la solution biomasse a l’avantage de créer plus d’emploi local

• pour les acteurs économiques le cycle du combustible crée des revenus que n’apporte pas la géothermie

b) Il y a donc matière à un débat démocratique « stratégique » sur un choix qui engage pour 20 ou 30 ans, mais les conditions de ce débat n’existent pas, pour 3 raisons :

L'absence de distinction, comme on l'a vu, entre les EnR&R en fonction de la pollution produite et une sous-information générale d'une part sur le niveau considérable de pollution lié à l'utilisation de la combustion de la biomasse, ses conséquences sanitaires, et pour ses consommateurs, les risques sur la disponibilité / prix et d'autre part que les chaufferies biomasse en zones urbaines ne sont pas en dehors de ces sujets.

La communication lénifiante sur ces questions au niveau national a été intégrée et relayée par les acteurs locaux, de sorte que rien ne fait ressortir qu'il y a, au niveau d'une ville, matière à débat sur le choix entre une solution de chaufferie biomasse et la géothermie car elles sont loin d'être équivalentes pour la population.


En conséquence de tels projets passent en enquête publique sans organisation d’une concertation préalable, qui pourrait (faire) approfondir l’alternative biomasse / géothermie.

Ensuite les limites (de fait) des enquêtes publiques ne permettent plus de revenir sur des alternatives au projet soumis : elles ne sont moins un outil de remise en question / filtrage pour assurer la meilleure prise en charge possible de l’intérêt général qu'une étape d’assurance conformité à la règlementation et, au mieux, d'ajustement de la solution retenue en amont.

• L'élaboration du PCET, qui aurait pu faire émerger ce débat sur les choix entre solutions en fonction de l'impact sur la pollution, n'a joué aucun rôle, à la fois pour des raisons pratiques et de principe :

- d’une part, comme les carabiniers ce dispositif arrive après la « bataille » : les PCET institués en 2004 ont été rendus obligatoires en 2011 alors que dès 2005/6 a été engagée l’action de développement accéléré de l’usage des EnR&R, de sorte qu’à Orléans le PCET, en lien, mentionne comme une "donnée" le passage à la biomasse des 2 réseaux de chauffage urbain.

- d’autre part, comme on l’a vu, un PCET ne tient pas compte de la problématique de la pollution dans la recherche de réduction des émissions de GES

c) Sur ces bases on peut déduire que le choix de chaufferies biomasse, malgré les projections du rapport Géoporec du BRGM, résulte d’une convergence

- de l’apport de plus d’emplois que la géothermie,

- de la facilité pour les opérateurs de remplacer une combustion par une autre toutes choses restant identiques par ailleurs ,

- de l’intérêt des acteurs du cycle du combustible, depuis ceux qui produisent du bois ou détiennent de déchets ou bois en fin de vie jusqu'aux opérateurs du service ,

- le tout soutenu par le mouvement général vers la biomasse en France

... et peut être aussi la trace laissée dans les esprits par l’échec de Melleray dans l'utilisation du Trias, même si c'est sans rapport avec celle du Dogger.

Tout cela dans une zone favorable à la géothermie profonde et où sont présentes les meilleures compétences françaises sur le sujet.

VIII.CONCLUSION

La France veut sauver la planète en cherchant à réduire l’effet serre par une utilisation massive de la combustion bois-biomasse, comme ici illustré dans le domaine des réseaux de chaleur : implantation de centaines de chaufferies biomasse dans les villes et utilisation insuffisante de la géothermie profonde.

Cette ruée vers la combustion biomasse dans tous les domaines et à tous les niveaux a pour conséquence (outre le problème de sa disponibilité locale et l’impact de son transport) d’augmenter très sensiblement la pollution dans ses villes (par exemple en Région Ile de France ses émissions de particules sont du même ordre que celles de la circulation)

... en contrepartie d’une réduction infime de l'apport de CO2 par la France par rapport à ce qui est produit au niveau mondial, comme on l’a vu.

Augmenter très sensiblement et immédiatement la pollution de l'air respiré par la population, ce qui dégrade tout aussi nettement et immédiatement sa santé ... afin de réduire de manière très très faible l'effet de serre qui lui nuira a terme ... est d'évidence une politique environnementale de Gribouille, politique consistant à se précipiter dans les dangers que l’on veut éviter, du nom d’un personnage défini, dans la Larousse, comme « naïf et sot "...

Ce personnage (multiple) se positionne sur la scène internationale depuis les années 2000, au nom de la France, comme le hérault des bonnes pratiques !

Cette politique de ruée généralisée sur la biomasse « oubliant » l’impact sur la pollution donc la santé publique est donc un « gribouillage ».

La ruée sur la biomasse

La ruée sur la biomasse

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