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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 13:18

Cet article est essentiellement fondé sur des études / travaux accessibles sur internet : les citations sont en brun et les sources, mises en lien, en bleu 

 

1) La densification d’une ville est un sujet complexe:

a) Considérant que l’étalement des zones périurbaines provoque de nombreux déplacements en voitures individuelles, le mitage des terres agricoles …. le Grenelle de l’Environnement a conclu en matière d’urbanisme à la nécessité de « densifier les villes ».

A noter que le terme « densification » étant assez mal reçu par les habitants il en est souvent utilisé d’autres : ville « dense », « compacte », « intense » …dans tous les cas il s’agit du même objectif, de réduire l’étalement urbain, mais dès ce stade préliminaire on voit poindre des complications :


«La compacité renseigne sur le bâti, la densité sur la population. De nombreux auteurs soulignent que la notion de ville compacte va de pair avec la notion de ville dense, pourtant rien n’est aussi sûr. En effet, une ville peut être très compacte mais peu dense, c’est le cas de Tokyo ; ou au contraire, assez dense mais peu compacte, ce qui est le cas de Madrid. De même, la densité n’a aucun lien direct avec la forme de la ville.. Il est évident qu’il existe un lien entre les deux, mais ce lien n’est pas linéaire »  
(texte de Y Maignant CNRS)

   

b) Concevoir une ville compacte n’assure donc pas que les objectifs du Grenelle seront atteints : les différences de besoins et contraintes au sein de la population (familles avec enfants, jeunes adultes, retraités…), en particulier en matière de déplacements des actifs vers leur lieu de travail et les éléments économiques pour  les choix … créent  un contexte très complexe, où une décision peut facilement aboutir à l’effet inverse à celui recherché. 

Quelques illustrations :

ü   La densification conduit-elle automatiquement à la réduction du trafic ?
La conclusion de Simmonds and Coombe (2000) est que la concentration n'est pas suffisante en soi : la stratégie de "densification", pour Bristol par exemple, n'a pas eu les effets escomptés sur le trafic. Le lien dépend peut-être d'autres paramètres, la localisation de l'habitat en relation avec les opportunités de travail étant plus importante
(geoconfluences / ens-lyon)   


ü   Quel est le bilan carbone d’habitants en centre urbain :
Jean-Pierre Orfeuil, professeur à l’institut d’urbanisme de la ville de Paris, pointe ainsi "l’effet barbecue", ou "mobilité de compensation", qui pousse les habitants à quitter les centres-villes lorsque arrive le week-end. "A revenus égaux, ils auraient plus tendance que ceux de la périphérie à partir loin, en utilisant des modes de transport gourmands en énergie…) (cnrs - idées reçues sur la densité)

ü   La ville compacte est-elle synonyme de développement durable ? :
aucune stratégie de développement (dense/étalée) ne livrera les avantages escomptés sans une étroite coordination avec la réalisation des infrastructures de transport (principe de la gestion intégrée des transports et de l'aménagement du territoire).

  il est impératif de considérer les liens entre densification, mixité, formes urbaines et mobilité afin que les acteurs urbains favorisent, d'une part, des dynamiques spatiales générant des modalités de développement durable, et élaborent, d'autre part, une politique des déplacements stimulant ces mêmes dynamiques spatiales. (suisse - unil - observatoire de la ville)

ü   Quel est la conséquence financière de l’augmentation des droits à construire ?

Henry Buzy-Cazaux, Président de l’Ecole Supérieure des Professions Immobilières (Les Echos) : 30% de droits à construire en plus, c’est 30% de plus sur le prix du terrain, en gros. A ce compte-là, on saisit mal par quel miracle le prix des logements produits baisserait
.

La Fédération des Promoteurs I
mmobiliers n'exclut pas des effets pervers. Elle craint que la possibilité de construire plus ne renchérisse encore le prix des terrains à la vente, ce qui aurait l'effet inverse de celui recherché... (Le Point)

ü   Habiter la ville pour se rapprocher de son lieu de travail ? (:
la disjonction entre le lieu d’habitat et le lieu d’emploi s’accentue. Les changements d’emploi sont deux fois supérieurs aux changements de logements. 90% des déménagements au sein d’une région ne sont pas motivés par la volonté de se rapprocher d’un emploi, mais pour des raisons familiales ou liées à l’environnement ou au logement lui-même  (Certu)

c) Un  Quizz du Certu (dont est tirée la précision ci-dessus) est très utile , pour se rendre compte à quel point il faut se méfier des « évidences » : il précise, par exemple, que ni la densification du bâti dans la ville ou ni la limitation de l’offre foncière périphérique suffisent à stopper l’étalement urbain.

 

 

2) Limite de l’argument Développement durable pour justifier des choix « douloureux »:

 

Le « Développement Durable »  est évidemment impossible car tout développement se heurte à des limites : « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ».


Son sens ne peut être que de retarder dans une mesure difficile à prévoir, le choc en retour de la croissance humaine et des besoins liés, il interviendra inéluctablement, même en réduisant nos prélèvements de ressources et les pollutions que nous produisons.


On ne peut donc parler que de faire des efforts pour un développement plus durable : seulement un peu plus, du fait que les éléments sur lesquels on agit sont une faible part de ceux qui aboutiront au choc en retour.

 

En conséquence nous sommes fondés de comparer les efforts demandés dans l’immédiat aux conséquences positives que l’on peut escompter à terme, en se méfiant des fausses promesses et du maximalisme : dans ce domaine comme dans d’autres « qui veut trop faire l’ange peut facilement aboutir à faire la bête », selon l’expression consacrée.

 

3) Densification et qualité de vie des habitants :

 

 a) qualité de vie en fonction de la forme urbaine et conséquences sur la densité :

 

Chacun peut préférer vivre dans un des cadres représentés ci-après, à côté desquels la densité correspondante est indiquée (extrait de document du Certu sur la densité)

 

          Capture densité selon forme urbaine

 

 

D’où l’observation d’Eric Charmes, maître de conférences à l’Institut français d’urbanisme (CNRS - idées reçues sur la densité  )

Les citoyens ont peut-être une vision erronée de la densité d’un quartier. En effet, contrairement aux idées reçues, les tours d’habitation des "grands ensembles" de banlieue, entourées de vastes espaces non bâtis, ne sont pas plus denses que le centre d’un village.

Et ces deux types d’habitat sont quatre fois moins denses qu’un bloc d’immeubles haussmanniens du centre de Paris! Notre capitale fait d’ailleurs partie des villes les plus denses du monde. 

C’est l’attraction exercée par le centre-ville, où il y a des services, des équipements culturels, des transports en commun… qui explique que sa densité soit acceptée, voire recherchée. Evidemment, les citadins n’ont pas envie de promiscuité si le contexte n’est pas attirant ! »

Des réserves, cependant, ont été émises quant aux vertus de la densité urbaine sur l’environnement. Une étude norvégienne suggère d’ailleurs qu’un habitat intermédiaire, du type "pavillonnaire dense", serait le meilleur compromis"

   

 

b) La forte présence du végétal conditionne la qualité de vie dans la ville dense (CNRS - un anti-stress naturel)

…les preuves scientifiques s’accumulent sur la relation positive entre bien-être, santé et espaces verts. Dans son ouvrage « Une écologie du bonheur », Eric Lambin, enseignant les interactions entre l’homme et son environnement à l’Université catholique de Louvain et de Stanford, indique que, selon certaines études, la proximité ou la simple vue de la nature augmente le bien-être sur le lieu de travail. Ainsi, parmi les personnes qui ont un métier sédentaire, celles qui disposent d’une fenêtre avec vue sur un parking, une rue ou d’autres bâtiments souffrent plus fréquemment de maux de tête que celles dont la fenêtre donne sur des arbres, des buissons ou des fleurs !
…Deux études épidémiologiques menées au Pays-Bas révèlent que les habitants des quartiers pourvus d’espaces verts abondants déclarent en moyenne moins de problèmes de santé. Au Japon, deux autres indiquent aussi que les usagers d’espaces verts urbains ont une longévité accrue.
Enfin, de nombreux travaux démontrent qu’un contact avec la nature est une manière efficace de récupérer face à la fatigue mentale générée par la vie moderne et son rythme frénétique.

 

c) les nuisances du bruit et de la qualité de l’air liés à la densité urbaine :

Si la densification des villes est l’option que la loi retient pour limiter l’étalement urbain, encore faut-il améliorer la qualité de l’air (transport) et de l’environnement (bruit) pour retenir et dissuader les habitants de « se mettre au vert » dans les communes périurbaines.  (certu)

Extraits d'étude de Gilles Maignant - CNRS : 

De nombreuses études préconisent la compacité des villes, compacité qui permettrait une minimisation des dépenses énergétiques. En effet, une ville compacte permet, au premier abord, de réduire la longueur des déplacements et bien souvent de recourir à des modes de déplacements moins polluants comme le tramway ou même la marche à pied. Pourtant la densification des villes n’est pas non plus la solution idéale. En effet même si la ville compacte permet de diminuer de manière notable les émissions de gaz, notamment par la réduction des flux de circulation, la modification de la morphologie urbaine par le comblement des vides et la densification en hauteur des villes entraînent des redistributions spatiales des flux de polluants pouvant créer des zones de très fortes concentrations, largement supérieures aux seuils de recommandation de santé publique.

 

… Densifier les villes, notamment par le comblement de vides interstitiels (dents creuses) ou par la reconstruction de la ville sur elle même (densification verticale de bâti) augmente la compacité de la ville. Cette compacité plus forte modifie les champs de vent qui sont tantôt accélérés, tantôt freinés. La modification de l’écoulement a un double impact. Premièrement, elle peut créer des zones d’inconfort (accélération trop importante du vent, effet Venturi…) et ainsi agir sur la qualité de vie. Deuxièmement, les champs de vent modifiés par la morphologie urbaine resserrée augmentent les immissions (concentrations réellement respirées par le citadin), particulièrement dans certaines rues propices à l’accumulation : les rues canyons.



… En effet, en matière de pollution aussi bien de l’air que sonore, il n’est pas aussi clair que la forme compacte soit la forme optimale. Frankhauser s’interroge sur la structure compacte des villes qui risque d’affecter la ventilation des centres-villes. Si l’on reprend l’exemple de la canicule de l’été 2003, la forte compacité de certaines villes, a diminué la ventilation et fait augmenter de manière importante la surmortalité, comme le souligne les propos de Besancenot : "toutes les études révèlent enfin une surmortalité caniculaire très significative dans les grandes agglomérations, où divers facteurs (impacts micro météorologiques de la morphologie urbaine, activités émettrices de chaleur…) contribuent à la création d’îlots de chaleur urbains."

 

… Même si une ville compacte permet de minimiser les déplacements intra urbains ou du moins de choisir des modes de déplacements doux pour de petits trajets ; les nuisances sonores, amplifiées par une morphologie urbaine resserrée, et les concentrations de polluants asphyxient les centres-villes.

 

 

L’étude réalisée sur 98 configurations d’artères spatiales confirme que rendre plus compacte la ville n’est pas souhaitable ; les concentrations de polluants étant bien supérieures dans le cas de la ville compacte (toutes choses égales par ailleurs).

 

 

…Ces problèmes de santé et la baisse de qualité de vie en milieu urbain, due aux différentes nuisances, incitent à des déplacements vers l’extérieur, soit de manière ponctuelle (week-end, vacances), soit de manière permanente voire quotidienne (personnes travaillant en ville et habitant à l’extérieur).

 

… La ville compacte dispose de peu d’espaces verts et de loisirs et risque d’inciter ses habitants à des déplacements plus importants, notamment les week-end. Ainsi pour fuir les problèmes de pollutions, on en crée d’autres.

 

 

La ville compacte et la ville éclatée (ou non compacte) sont deux concepts qui sont des optimums selon la pondération de certains critères mais pas dans l’absolu.

 

4) Avertissement :  

Michel Lussault, professeur de géographie urbaine à l’Ecole normale supérieure de Lyon, au sujet du paysage  :

« La ville-réseau hier, la ville durable, densifiée et décarbonée aujourd’hui, tout ça, ce sont des modèles faits sans les habitants. N’oublions jamais qu’avec leurs pieds, avec les roues de leur automobile et avec la bénédiction des autorités, les Français ont choisi la ville peu dense. Pas seulement par refus de la mixité sociale, mais aussi par rejet des nuisances de la densité mal maîtrisée. Pour réussir aujourd’hui une densification qui ne soit pas vécue comme une souffrance, il faut repenser les formes architecturales. »

 

5) Conclusion :  

 

Les habitants sont donc fondés de craindre que les évolutions proposées relèvent de la densification mal maîtrisée.

 

Il faudra donc convaincre par des « preuves » de la qualité de la réflexion :

 

-        Outre les formes de constructions proposées, les dispositions pour la qualité de vie (organisation des déplacements, implantations des espaces verts …) doivent être explicitées.

 

-        L’argumentation sur les choix doit utiliser au maximum des « retours d’expériences » de réussites reconnues,car dans un contexte de complexité, comme l’est le sujet de l’évolution urbaine, tout raisonnement théorique peut être contesté par d’autres raisonnements tout aussi légitimes.

 

Face aux incertitudes sur les résultats réels des choix proposés en vue d’un « développement durable » aléatoire, les habitants sont fondés, le cas échéant, de mettre une limite aux inconvénients de la densification proposée

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